L'évolution des technologies de fabrication a donné naissance à deux approches dominantes : la fabrication additive (FA) et la fabrication soustractive. Bien que ces deux approches visent à produire des composants fonctionnels, leurs méthodologies, leurs capacités et leurs limites diffèrent considérablement.
La fabrication soustractive atteint une précision grâce à l'élimination de matière. Elle débute avec des billettes de matière solide (telles que des lingots métalliques et des plaques plastiques) et utilise des techniques comme l'usinage à commande numérique par ordinateur (CNC), la fraisage et le tournage afin d’éliminer systématiquement de la matière et d’obtenir la géométrie souhaitée. Ce procédé présente des avantages distincts : il assure une excellente finition de surface et une haute précision dimensionnelle (avec une tolérance de ±0,025 mm), les surfaces portantes bénéficient de propriétés mécaniques supérieures dues à la structure isotrope du grain, et la technologie, bien établie, est largement adoptée dans de nombreux secteurs industriels. Toutefois, il comporte également des limites évidentes : les pertes de matière sont importantes (le taux de chutes peut atteindre jusqu’à 90 % pour des pièces complexes en alliage de titane), il est contraint par les formes géométriques (par exemple, les canaux internes et les structures réticulaires sont généralement impossibles à réaliser), et l’usure des outils s’accélère lors de l’usinage de matériaux durs comme le titane, ce qui augmente les coûts de production.

La fabrication additive construit des pièces par dépôt couche par couche. Fondée sur des modèles numériques, elle forme des composants en déposant des matériaux (généralement de la poudre métallique ou un polymère) couche par couche, les technologies clés comprenant la fusion sélective par laser (SLM), le dépôt par extrusion (FDM) et la projection liante (BJ). Ses principaux atouts résident dans : une production quasi-fini qui minimise les déchets de matière (avec un taux de rebut inférieur à 5 %), une liberté de conception sans égale (permettant la fabrication de formes organiques, de cavités internes et de structures alvéolaires légères), ainsi que la capacité à réaliser des prototypes rapides et une production sur mesure (par exemple, des implants médicaux spécifiques à un patient). Toutefois, elle présente des inconvénients : la rugosité de surface est relativement élevée, nécessitant souvent un traitement post-fabrication ; les propriétés anisotropes des matériaux peuvent affecter l’intégrité structurelle ; le volume de construction est limité et la vitesse de production est lente pour la fabrication en série.

L'efficacité matière constitue une ligne de démarcation critique entre les deux procédés, particulièrement évidente lors du traitement des métaux à haute valeur. L'usinage traditionnel des alliages de titane entraîne un gaspillage important de matières premières, tandis que la fabrication additive utilise plus de 95 % de la poudre d’entrée. Cette efficacité s’inscrit dans les objectifs de développement durable et peut réduire les coûts des matières premières à long terme.
En ce qui concerne le compromis entre flexibilité de conception et précision, la fabrication additive se distingue dans les applications nécessitant des structures complexes : dans le domaine aérospatial, elle permet de produire des supports optimisés topologiquement, réduisant le poids sans nuire à la résistance ; dans le domaine médical, elle rend possible la fabrication d’implants osseux poreux favorisant l’intégration tissulaire. À l’inverse, l’usinage soustractif domine les cas exigeant une précision rigoureuse : par exemple, les composants moteur nécessitant des tolérances au micron près, ou encore les surfaces optiques ou d’étanchéité requérant une finition miroir.

Les solutions de fabrication hybride émergent comme une tendance visant à intégrer les atouts des deux procédés. Des fabricants novateurs combinent de plus en plus ces deux approches : ils utilisent la fabrication additive pour produire des pièces quasi finies présentant des géométries complexes, puis recourent à l’usinage soustractif pour affiner les surfaces et interfaces critiques. Ce modèle synergique allie innovation et fiabilité, comme en témoignent les aubes de turbine dotées de canaux de refroidissement imprimés en 3D et d’aérodynamiques usinées sur commande numérique (CNC).
En matière de considérations liées à la durabilité, la fabrication additive soutient l’économie circulaire, dans laquelle les poudres recyclées (par exemple, les chutes d’alliage de titane) peuvent être réutilisées dans des systèmes à boucle fermée ; si le taux de recyclage de la fabrication soustractive progresse, celle-ci demeure toutefois confrontée à des défis liés à la séparation des copeaux métalliques et à la restauration des propriétés des matériaux.
En ce qui concerne la trajectoire future du développement, avec l’avancée des technologies de fabrication numérique, le choix entre procédés additifs et soustractifs dépendra de trois facteurs fondamentaux : la complexité de la pièce (le compromis entre liberté géométrique et simplicité structurelle), les exigences en matière de volume de production (la différence entre la production de masse et les lots personnalisés) et les impératifs de durabilité (efficacité matière et indicateurs d’empreinte carbone). Les solutions hybrides devraient dominer les secteurs à forte valeur ajoutée, tandis que certains scénarios d’application privilégieront un procédé unique. L’ère du « soit l’un, soit l’autre » touche à sa fin, et le succès industriel repose désormais sur l’intégration stratégique de ces deux procédés.